Dans Le nouveau stagiaire de la réalisatrice Nancy Meyers, le brillant Robert de Niro intègrait l’équipe d’une start-up d’e-commerce pour un «stage senior». Cette comédie moderne décrit avec précision, humour et cynisme le monde des entreprises 3.0. À l’américaine. Au second rôle, la débordée Anne Hathaway, qui n’a «pas dormi depuis deux ans». Les objectifs sur cinq ans ont été atteints en neuf mois. Résultat, les investisseurs demandent qu’un PDG penne les rênes. Car derrière cette réussite grisante se cachent des journées de 14 heures, des employés épuisés, et une patronne sur le fil du rasoir.

Les start-ups. Au-delà du phénomène économique, elles sont, selon le sociologue Michel Grossetti «une mode qui séduit de plus en plus les jeunes, ces dernières années». Une attractive tendance qui se répand comme une traînée de poudre…et reste pourtant bien mystérieuse pour ceux qui n’ont pas franchi le pas de l’entrepreneuriat. Du «faire». Avant de devenir une «pépite de la tech», d’expérimenter le «management 2.0», ou d’envisager passer du «modèle précaire» à la multinationale, les entrepreneurs réalisent les enjeux de l’aventure.

Car pour tenir la route, il faut souvent se confronter à des horaires à rallonge, se familiariser avec un jargon ultra moderne («lean start-up», «bootstrap», «break-up fees», «cliff»), apprendre la résilience, mais aussi à vivre avec l’absence de revenus… Et enfin, résister au succès d’une structure qui prend de l’ampleur. Décolle. Et par conséquent quitte l’univers des start-ups…pour rejoindre celui des entreprises classiques, avec une hiérachie forcément plus pyramidale, et ce qui s’en suit : jeux politiques, réunions, reporting,… Comment ne pas se laisser dépasser ?

Quelques minutes de scroll sur un écran, et Eurêka ! Alice de Maximy, 42 ans, salariée dans le secteur de la santé publique, a trouvé l’idée qui l’a projetée dans l’entrepreneuriat. «Avec une amie, nous étions sur Tinder. Nous trouvions des hommes qui lui correspondaient sur la base de quatre critères. À ce moment, j’ai pensé : je vais créer le Tinder des projets de santé.» Elle quitte son poste et fonde Hkind, une plateforme qui répertorie les initiatives médicales afin de faire entrer en contact des professionnels du domaine.

C’est le grand saut. Tout s’enchaîne à une vitesse déconcertante : Alice s’inscrit au «possible camp» (un concours de pitch start-up), le remporte, est incubée. «Depuis, je dors avec mon projet, je me réveille avec mon projet. J’assiste à des ateliers, des afterworks…tous stimulants, et en même temps très chronophages…et d’un fatigant !»

Pour ne pas perdre pied, Alice a participé à l’atelier «Comment ne pas se faire bouffer par sa start-up ?», organisé par l’incubateur Willa, et animé par Alexis Eve. Le coach d’entreprise, fondateur du cabinet Yaniro, constate que : «les entrepreneurs se font “bouffer” par leur start-up. C’est la norme. Penser sans arrêt à son entreprise n’est bon ni pour son créateur, ni pour les employés, ni pour l’entreprise elle-même. On n’est pas obligé de travailler 120 heures par semaine pour réussir.» Ses recommandations paraissent d’une banale évidence. Et pourtant, elles ont transformé les perspectives d’Alice : «à l’atelier, nous avions quasiment toutes les mêmes problèmes. On n’arrivait plus à penser à autre chose qu’au travail. Les coaches nous ont dit de manger, dormir, faire de l’exercice, et de préserver nos liens sociaux.» Basique. Mais trop souvent oublié par des entrepreneures déterminées à concrétiser leur projet. Depuis qu’elle applique ces précieux conseils, Alice garde chaque jour en tête de donner la priorité à sa famille et de laisser de côté mails et appels professionnels, au prix de quelques concessions. «Pour passer du temps avec mes 3 enfants, j’ai fait une croix sur les dîners entre potes et les sorties au cinéma.»

Selon une enquête La Boussole et The Boston Consulting Group d’avril 2018, sur les 10 000 start-up françaises, 44% ferment leurs portes après 3 ans. 50% au bout de 5 ans. Explication plausible : lors des premières années, peu trouvent les fonds pour se rémunérer, ou payer le loyer d’un bureau. Un statut précaire qu’a expérimenté Alice, et aussi Tiphaine, 28 ans. Cette pharmacienne de formation a tenté l’aventure start-up en 2016 à la fin de ses études. «Je touchais 800 euros de chômage par mois. Avec Bertrand, mon associé, nous n’avions pas de bureau. Nous travaillions dans un espace de coworking gratuit. Une petite horloge tournait au-dessus de nos têtes. Notre droit au chômage allait prendre fin. Nous n’avons pas trouvé comment nous financer. Nous avons dû arrêter après 5 mois.»

«On trouve, parmi les fondateurs, des chômeurs, des personnes qui ont peu de ressources, explique Michel Grossetti, coauteur de Start-ups, des entreprises comme les autres ? Une enquête sociologique en France, (Paris, Sorbonne Université Presses, 2018). Un tiers se trouve, au moment de la création, dans une situation stable de salarié et ne la quitte pas. Beaucoup sont ingénieurs ou cadres techniques, ont 30 à 50 ans, et prennent la décision de créer une entreprise à ce moment de leur carrière professionnel

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Source : http://madame.lefigaro.fr/

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